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L'opposition togolaise
veut paralyser le pays(Liberation 15/02/2005) Six partis de l'opposition traditionnelle au Togo, ont prévu d'organiser une nouvelle "marche pacifique" samedi 19 février pour protester contre "le coup d'Etat" du président investi Faure Gnassingbé, selon un communiqué parvenu à l'AFP lundi soir."Les six partis réitèrent la nécessité de poursuivre la mobilisation pacifique en vue d'un retour à l'ordre constitutionnel qui constitue l'objectif primordial", indique le texte."A cet effet les six partis annoncent pour la semaine en cours, les manifestations suivantes: (...) samedi 19 février, une marche pacifique suivie de meeting à Lomé et dans tous les chefs lieux de préfecture du Togo", ajoute le communiqué.Les six partis d'opposition prévoient également de participer à "l'enterrement des victimes tombées sous les balles des forces de l'ordre" au cours de la manifestation du 12 février qui avait été dispersée par les forces de sécurité."Ces partis dénoncent avec vigueur la répression sanglante et absurde par les forces de l'ordre d'une marche pacifique et conforme à la légalité constitutionnelle", poursuit le communiqué appelant les populations à "rester mobilisées jusqu'à la victoire finale".Evoquant des "rafles sauvages et les enlèvements auxquels se livrent les forces de l'ordre et les milices RPT" (Rassemblement du peuple togolais, parti présidentiel), l'opposition demande "à la communauté internationale d'user de son influence sur les autorités de fait pour faire libérer ces jeunes".Ces partis sont le Comité d'action pour le renouveau (CAR, de l'avocat Yawovi Agboyibo), l'Union des forces du changement (UFC, de Gilchrist Olympio qui vit en exil en France), la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), l'Alliance pour la démocratie et le développement intégral (ADDI), le Pacte social pour le renouveau (PSR) et l'Union pour la démocratie et la solidarité (UDS).Samedi dernier, la manifestation lancée par les mêmes partis, a été dispersée par les forces de sécurité et trois manifestants ont été tués, trois personnes blessées dont deux gendarmes, selon le ministère de l'Intérieur.Lundi, un autre manifestant a été tué par des gendarmes dans le quartier de Bè, fief traditionnel de l'opposition dans le centre de la capitale togolaise.Toute manifestation de rue est interdite au Togo pendant deux mois correspondant à la période du deuil national a annoncé le gouvernement.Le général Gnassingbé Eyadéma est décédé le 5 février à l'âge de 69 ans après 38 ans de règne sans partage à la tête du Togo.Son fils, Faure Gnassingbé, 39 ans, désigné par l'armée togolaise et confirmé comme son successeur par l'Assemblée nationale après une révision constitutionnelle, a prêté serment le 7 février. La capitale togolaise Lomé était calme Lundi au lendemain de la manifestation de l'opposition pour protester contre le «coup d'Etat» du président investi Faure Gnassingbé au cours de laquelle trois manifestants avaient été tués. Seuls quelques éléments des forces de l'ordre étant disposés aux principaux carrefours de la ville. Dans le quartier populaire de Bê, fief de l'opposition où s'est déroulée la manifestation, ne subsistaient que les traces des émeutes de la veille sévèrement réprimées par les gendarmes et les militaires. L'opposition veut cependant maintenir la pression sur le nouveau régime en profitant du mécontentement de la communauté internationale qui réclame le retour de l'ordre constitutionnel. Six partis ont appelé à une grève générale aujourd'hui. La question posée par le cas togolais est, somme toute, assez simple : après trente-huit années vécues sous la férule d'un «père de la nation» omniscient et omniprésent, une satrapie de brousse est-elle vouée à rester figée de toute éternité ? A en croire les derniers événements, la réponse n'est pas évidente. Les manifestations de protestations organisées samedi dernier par l'opposition contre le coup d'Etat ayant porté au pouvoir Faure Gnassingbé, le fils de l'ex-président Eyadema, offrent en effet une autre alternative : l'explosion brutale. Durant ces manifestations, tous les responsables politiques tenus pour modérés furent privés de parole. Seuls purent s'exprimer l'armée et les jeunes qui, chacun dans leur rôle, semblèrent rejouer un scénario bien établi. Mais il y eut quelques nuances. Car le temps n'est plus à l'espérance, mais au désespoir et à l'abattement. A la hargne, aussi. A la rage, surtout. Alors, quand vers 8 heures samedi matin, les autorités militaires annoncèrent que la manifestation était interdite, il ne fallut que quelques minutes pour qu'une véritable insurrection embrase le quartier de Bê, traditionnel bastion de l'opposition dans la capitale togolaise. «Nous n'avons même pas pu parler, explique un homme d'affaires togolais ayant évacué à grand-peine un responsable politique de l'opposition. Les forces de l'ordre ont lancé des lacrymogènes et, immédiatement, le feu a pris.» Dans les minutes qui suivirent, des barricades furent dressées et les pierres se mirent à voler. Les quelques milliers de protestataires déjà réunis se dispersèrent, affolés. Presque aussitôt, des nuées de jeunes hurlant contre la dictature s'emparaient des multiples ruelles boueuses de Bê et se lançaient dans la révolte, au grand dam des politiques incapables de contrôler ce mouvement. Et ce fut violent, hargneux, désespéré, rageur. Les gendarmes, puis l'armée et, enfin, le régiment para-commando (RPC), la garde prétorienne au béret rouge du régime, furent des cibles. Ce n'était pas un simple jeu du chat et de la souris, mais un affrontement. Il ne s'agissait pas de se faire peur, ni même de se toiser, mais de se battre. Toutes les rues et ruelles furent bloquées, des dizaines de barricades érigées et des pneus enflammés à tous les coins et carrefours. Dans une atmosphère enfumée, acre, piquante, sur fond d'épaisse chaleur et de poussière, Lomé se mit à prendre une allure de radeau ivre. Et la colère des jeunes, de ces moins de 35 ans, la plupart du temps au chômage et représentant 60% de la population de la capitale togolaise, se dressait contre trois cibles. Contre Eyadéma fils, traité d'usurpateur, contre l'armée togolaise, perçue comme le rempart d'un régime, et contre Jacques Chirac, dont l'amitié proclamée avec le général Eyadéma a – c'est un euphémisme – choqué. Samedi, il ne faisait pas bon s'afficher Français. Aux barricades dressées à la va-vite, les jeunes posaient la question : «Tu es français ?» et, aussitôt, ils menaçaient. A plusieurs reprises, ils voulurent «brûler le Français» : «Donne ton essence, criaient-ils enfiévrés au chauffeur, on en a besoin». Il fallut parfois frapper. Et ces scènes ne se sont pas déroulées au coeur du quartier de Bê, inaccessible, mais à la lisière, là où la fièvre n'était pas la plus forte. En milieu d'après-midi, les affrontements s'estompèrent. Il y eut trois morts et plusieurs blessés, dont des militaires. Un bilan lourd. D'autant plus lourd qu'il est l'illustration même de cette incapacité qu'ont les modérés à s'imposer sur la scène. Faure Gnassingbé, ce successeur autoproclamé, souvent présenté comme un homme ouvert par ses proches et même parfois par l'opposition, est resté tout au long du week-end dans l'ombre, comme s'il n'était pas le véritable maître du bateau dont, paraît-il, il tiendrait les commandes. Quant à l'opposition, privée de tout dialogue et tenue en marge, elle n'en peut mais. «Deux dangers guettent le pays, note Léopold Gnininvi, leader du CDPA, un des principaux partis d'opposition. La montée du sentiment anti-français que l'on ne parvient pas à contrôler chez les jeunes et le tribalisme. Il faut éviter cela avant qu'il ne soit trop tard. Que des intellectuels tarés ou des gens frustrés s'en emparent et toutes les frustrations accumulées risquent d'exploser. La population étouffe. Elle étouffe depuis trop longtemps...» © Copyright Liberation |
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