Serait-on plus exigeant avec le Togo qu’avec
d’autres en matière de vertu démocratique ?, se demande Pierre Beylau,
l’éditorialiste de l’hebdomadaire français Le Point. Quand Joseph
Kabila, le président congolais a succédé à son père, personne n’a pipé
mot. Quand le président Denis Sassou-Nguesso a repris le pouvoir en
1997, silence. Et les exemples de n’arrêtent pas là.
Voici l’éditorial publié jeudi dans l’hebdomadaire
Serait-on plus exigeant avec les Togolais qu’avec
d’autres en matière de vertu démocratique ? En juin 2000, Bachar
el-Assad succèdait à son père, Hafez, à la tête de la Syrie. Il avait
été intronisé dauphin après la mort accidentelle de son frère Bassel.
La famille Assad appartient à une communauté, les alaouites, qui
représente 13% de la population mais domine la vie politique du pays.
Personne pourtant n’a pipé mot sur ce processus assez éloigné des
sacro-saints principes démocratiques.
En Afrique, Joseph Kabila s’est retrouvé, à 29 ans,
président du Congo (ex-Zaïre) à la mort de son père, Laurent-Désiré, en
janvier 2001.
L’excellent colonel Kadhafi nourrit de grandes
ambitions pour son fils Saïf el-Islam, le président égyptien Moubarak
pour Gamal, son fils cadet. Le Gabonais Omar Bongo a nommé son aîné
Ali, ministre de la Défense, en attendant mieux.
La légitimité démocratique de bon nombre de régimes
interlocuteurs réguliers des chancelleries occidentales est des plus
volatiles.
Toujours en Afrique, le président Denis
Sassou-Nguesso, plutôt bien vu à Paris, a repris le pouvoir en 1997 en
rasant à coup de canons des quartiers entiers de Brazzaville et au prix
de 10.000 morts et 500.000 déplacés.
L’esprit de Tocqueville ne souffle encore en rafale ni sur le continent africain ni sur la totalité de la planète.
Pierre Beylau
© Le Point du 10 février 2005