 | Le cercueil de Gnassingbé Eyadéma à Lomé le 13 mars 2005
(Photo: Pius Utomi Ekpei / AFP) |
LOME
(AFP) - Des milliers de Togolais et plusieurs chefs d'Etat africains
ont assisté dimanche à Lomé aux obsèques nationales du président
Gnassingbé Eyadéma, décédé le 5 février, et ont rendu un hommage
solennel à celui qui a régné sans partage sur ce petit pays pendant 38
ans. Des représentants de l'opposition politique
étaient également présents, aux côtés des corps constitués, et
notamment de l'armée, qui fut l'un des piliers du régime. Dans
la matinée, à l'aéroport de Lomé, un détachement d'officiers supérieurs
a rendu les honneurs à l'arrivée du cercueil, qui arrivait de Pya, le
village natal d'Eyadéma dans le nord. Des salves de canon ont été
tirées. Le cercueil, recouvert du drapeau togolais
et placé sur un véhicule, a ensuite parcouru la capitale, où se
pressaient des milliers de personnes. Sur le
parcours, avaient été déployés des banderoles et d'immenses portraits
du général, décédé à 69 ans lors d'un transfert médical d'urgence à
l'étranger. Sur ces banderoles, on pouvait
notamment lire: "Papa Eyadéma, du haut des cieux, protégez toujours
votre peuple". De nombreux Loméens arboraient des tee-shirts sur
lesquels était écrit: "Eyadéma l'immortel". Dans la foule, une femme sanglotait: "Nous avons perdu notre papa, le père de la nation, je ne pas ce que l'on va devenir". La
plupart des opposants au président défunt n'avaient pas fait le
déplacement. Dans le quartier de Bè, leur fief, les habitants vaquaient
normalement à leurs occupations. Deux hélicoptères
et deux avions de chasse ont survolé le cortège jusqu'au palais des
Congrès, lieu de la cérémonie solennelle, où siège le parlement. Là,
devant quelque 4.000 personnes, le cercueil a été placé sur une estrade
entourée de portraits du doyen des chefs d'Etat africains. Au
premier rang, était assise la famille du défunt, dont l'un de ses fils
Faure Gnassingbé, candidat à sa succession à la présidentielle du 24
avril. Outre cinq chefs d'Etat africains - le
béninois Mathieu Kérékou, le ghanéen John Kufuor, l'ivoirien Laurent
Gbagbo, le nigérien Mamadou Tandja, et le président en exercice de
l'Union Africaine (UA), le nigérian Olusegun Obasanjo - plusieurs
personnalités, dont le ministre français des Affaires étrangères Michel
Barnier et le commissaire au développement de l'Union européenne (UE)
Louis Michel, se sont jointes à la famille Gnassingbé. Le Gabon, le Burkina Faso, de la République démocratique du Congo, notamment, étaient également représentés. Des
représentants des partis de l'opposition dite radicale comme la
Convention démocratique des peuples africains (CDPA) de Léopold
Gnininvi, du Pacte social pour le renouveau (PSR) mais aussi de
l'opposition modérée de la Convergence patriotique panafricaine (CPP)
d'Edem Kodjo ont assisté à la cérémonie. Un culte
protestant de l'Eglise évangélique et presbytérienne du Togo, dont le
président Eyadéma était membre, a alors été célébré. Une
des filles du président défunt, Beheza Gnassingbé, a prononcé l'éloge
funèbre: "De ton vivant, tu as été le grand arbre auquel nous nous
abritions", a-t-elle déclaré, entre deux sanglots. Une intervention
suivie de celle du Premier ministre Koffi Sama qui, à plusieurs
reprises, a également fondu en larmes.
Plusieurs milliers de personnes, à l'extérieur du palais des Congrès, ont pu suivre la cérémonie grâce à des écrans géants.
Le cercueil du président défunt devrait être ramené dimanche soir à Pya où son enterrement est prévu mardi. Le
décès du président Eyadéma avait déclenché une crise politique, son
fils Faure Gnassingbé étant porté au pouvoir par l'armée, une décision
ensuite avalisée par une révision express de la Constitution qui avait
suscité la condamnation de la communauté internationale et notamment
des pays africains. Sous la pression, Faure
Gnassingbé avait finalement renoncé à la présidence, tout en annonçant
qu'il se portait candidat à l'élection présidentielle. En
marge des cérémonies, M. Barnier a déclaré que "la disparition du
président Eyadéma a ouvert une période de transition", soulignant que
la France soutenait les efforts africains afin que "cette transition se
passe dans le respect de la Constitution et conduise normalement à des
élections (...) démocratiques". |